Flash 11: 1945 - Et ainsi le village d’Ars et son église ne furent pas rasés!


La situation entre juin et décembre 1944 : En juin, c’est le débarquement allié puis le reflux des armées allemandes du Sud-Ouest vers le nord et, en août, la libération de Paris. Mais, dans sa retraite, l’armée allemande conserve près de 20.000 hommes dans ce que l’Histoire appellera « les poches » de Royan et de La Rochelle. Pour protéger les bases sous-marines de Bordeaux et La Rochelle, dont les sous-marins ont un rôle crucial pour poursuivre, dans l’Atlantique, l’attaque des convois acheminant vivres et munitions en Angleterre et en France sur le front, les deux verrous de Royan-La Pointe de Grave, à l’embouchure de la Gironde, et de l’ile de Ré sont puissamment fortifiées. Ré est transformée en camp retranché. Le point clef du dispositif de défense est situé à Ars, sur 35 hectares de terrain dunaire, devenues aujourd’hui une partie de la forêt de la Combe à l’Eau.  D’énormes batteries, Kora et Karola, y sont implantées ainsi qu’une tour télémétrique, aujourd’hui classée à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. 

La poche et le verrou de Royan : Un temps retardé par offensive allemande des Ardennes en décembre 1944, l’offensive alliée commence à Royan le 5 janvier 1945 avec un raid aérien de plusieurs centaines de bombardiers utilisant la technique du « tapis de bombes » : La ville est détruite à 95%  mais… les défenses allemandes sont intactes ! Le 18 avril, le verrou ne sautera qu’après 3 jours de combats acharnés, menés au sol par des troupes, françaises pour l’essentiel. Cette opération fut menée alors même que la bataille de Berlin était engagée…

La poche de La Rochelle et le verrou de l’île de Ré : Comme en 1625, lors de la prise de La Rochelle décidée par Louis XIII et Richelieu, la géographie impose, pour s’emparer de La Rochelle, de faire sauter le « verrou rhétais ». Ars et sa forteresse Karola sont donc promis, d’autant plus que la densité de population y est faible, au  même sort que Royan… : L’anéantissement sous un tapis de bombes: L’amiral allemand, commandant une forteresse puissamment armée, disposant d’une garnison d’environ 10.000 hommes, installé dans un bunker souterrain invulnérable, au centre même de la Rochelle, est un soldat ne pouvant envisager d’enfreindre les ordres d’Hitler : résister jusqu’au bout face à la volonté de victoire rapide de l’armée française et des maquisards. 

Heureusement, et par miracle, une fragile convention a été signée le 18 octobre 1944 entre le vice-amiral Schirlitz, commandant de la place et le capitaine de frégate Meyer, représentant des autorités de la France libre, après des contacts ayant déjà permis l’entrée des Français dans Rochefort presque sans combats. Cette convention a reçu un soutien ambigu de la hiérarchie militaire française, voulant surtout gagner du temps pour rassembler des forces avant d’attaquer. C’était une sorte de pacte de non-agression autour de La Rochelle encerclée et de ses environs restant sous autorité allemande, dont l’île de Ré et Ars. Il prévoyait le ravitaillement en vivres de la population et de la garnison et la remise intacte des installations portuaires et militaires et de la ville, le bon traitement de la population rochelaise en contrepartie de l’absence d’attentats contre les soldats allemands jusqu’au jour d’un armistice global, devenu inexorable, et la fin de la guerre. Cette convention, globalement respectée, a effectivement permis de gagner du temps. Mais maintenant, Royan et Oléron prises par une armée française très renforcée, l’attaque de Ré puis de la Rochelle deviennent imminentes.

Le dénouement : Heureusement les évènements se précipitent : Berlin est occupée début mai, l’Amiral Doenitz indique le 4 mai à ses forces que tout combat à l’Ouest serait sans signification. La victoire des alliés est acquise le 8 mai. C’est seulement le 9 mai, que le vice-Amiral Schirlitz se rend, en respectant la convention signée avec le futur amiral Meyer, futur Maire de Royan : La Rochelle, le port et la base sous-marine de La Pallice, l’île de Ré, Ars, son village, son église et Karola, sont livrés intacts et sans combats. Un miracle, quand on pense au sort de Royan, détruite intégralement, et à ses centaines de morts…