Flash 10: Renouveau, prospérité puis déclin
Sadi Carnot - Président de la République (1887 - 1894)
L’église elle-même sort meurtrie des périodes de révolution et de guerres, même si la période eut aussi des aspects très positifs ouvrant les voies vers la France laïque et démocratique d’aujourd’hui.
Il faut d’abord redécorer et remeubler l’église où il ne restait rien à part la chaire. Fort heureusement elle retrouve son Christ XVIIè caché dans les combles, ses autels, son baptistère et leurs boiseries restitués par le villageois qui les avait achetés. Son tabernacle, en ruine, est refait. Des mobiliers dispersés de nombreux bâtiments religieux peuvent être réutilisés dans l’église d’Ars comme le très beau lutrin en bois XVIIIème, les stalles actuellement dans le chœur et le banc d’œuvre, réservé au Conseil de Fabrique, maintenant placé en fond de l’église. Les 3 parties de la superbe table de communion, si homogènes de loin et si diverses vues de près par leurs styles, les thèmes de leurs sculptures, leurs bois même, sont assemblées.
C’est au XIXè siècle aussi que sont créées les allées de circulation de mortier avec incrustations de motifs très originaux, si heureusement retrouvés récemment, et que le sommet du clocher est peint en noir afin de faciliter l’accès du port aux navigateurs. Ce qui se révèlera un coup de génie lors du développement du tourisme, le clocher noir et blanc devenant le monument sans doute le plus emblématique de toute l’ile de Ré.
Evènement notable : Si Ars aujourd’hui peut s’enorgueillir de compter un ancien Premier Ministre parmi ses résidents, le 20 août 1890, le Président de la République Sadi Carnot, l’honora d’une visite, avec discours sur la place puis visite de l’église. Une statue sur socle du Président fut érigée sur la place, renommée Place Carnot. Cette statue fut enlevée par les Allemands pendant la guerre de 39-45 pour être fondue, tandis que le socle est encore au cimetière…
La paroisse et la commune comptent un nombre d’habitants restant élevé grâce à une formidable reprise économique, liée bien sûr à la paix, mais aussi à la flambée des prix du sel, jusque dans les années 1850, du fait de la multiplication des usages liés notamment au début de l’industrialisation et de la chimie. Hélas pour Ars, la libéralisation des importations ibériques de sels, moins chers, le développement du chemin de fer facilitant la vente du sel des salins du midi, l’extraction du sel minier, vont provoquer un effondrement des cours. Ars, si dépendant du produit de son sel, va commencer à s’enfoncer dans un lent déclin économique et démographique, jusqu’à l’arrivée d’une autre manne, le Tourisme, notamment depuis la construction du pont, en 1987.
Autre élément important pour Ars et son église : En 1844, Saint Clément des Baleines avec ses hameaux, représentant environ un tiers des habitants d’Ars, devient une paroisse autonome ayant sa propre église en 1844. Elle devient une commune séparée en 1874. L’église d’Ars perd ainsi une partie de ses paroissiens dont le nombre va aussi décroitre du fait de l’érosion de la pratique religieuse, du développement de l’anticléricalisme et aussi beaucoup de l’exode progressif de la moitié de sa population après 1850.
L’église devient propriété de la commune en vertu de la loi de 1905. Son entretien nécessite de grands sacrifices pour la commune, et elle se détériore de plus en plus en l’absence de gros travaux de fond, trop onéreux. Fort heureusement, la prise de conscience générale de la valeur du patrimoine comme témoin de notre Histoire, mais aussi comme attraction touristique de cette église millénaire, classée monument historique en 1903, font que d’énormes travaux sont enfin entrepris et terminés de 1995 à 2020. La fréquentation de l’église redevient très forte à la belle saison et pendant les vacances scolaires grâce aux estivants et aux familles de résidents secondaires.
L’église garde précieusement, apposé sous le Christ en croix, face à la chaire, un émouvant tableautin « in memoriam » comportant le nom des 54 enfants d’Ars victimes de la guerre de 14-18, soit certainement pas loin de 20% des hommes en état de combattre ! Des familles arsaises comme les Neveur, Bernicard, Rault, Barbotin, Héraudeau Aunis, Pajot, très connues encore aujourd’hui dans le village, perdirent 2, 3 ou 4 jeunes hommes, qui allaient manquer cruellement à Ars, à tous égards.